au-poulailler

Le printemps est enfin là, la vieille poule noire décide de se mettre à couver. On lui a préparé un nid avec des œufs frais pondus dans un endroit bien tranquille, mais elle hésite, soupçonneuse.

Elle s'aplatit pour réchauffer et couver les œufs ; à partir de ce moment-là, seule la faim lui fait quitter son nid. Elle reste là, à rêver de ses poussins, pendant de longues semaines ennuyeuses.

De minuscules poussins sortent tant bien que mal de leur coquille. Et finalement, longtemps après, en dernier, deux petits canetons. Furieuse, la poule s'exclame : « Bien sûr, ils ont encore triché et m'ont donné des canards à couver, quelle corvée de les élever ! »

« Cot, cot, cot, codette ! Venez mes petits, Venez faire un tour avec moi. » Fière et triomphante, elle les fait défiler devant les autres poules et dirige avec orgueil sa portée pour leur première entrée dans le monde.

La vieille poule noire trouve un parterre de bonne terre meuble fraichement ratissée. Elle se met à gratter et creuser furieusement dans tous les sens.

La mère-poule explique à sa couvée rassemblée la technique pour déterrer les vers puis les attraper : « Vers et insectes donnent aux poussins poids et force, » leur dit-elle.

« Un chat ! » s'écrie la mère-poule. Elle ébourriffe ses plumes en éventail pour avoir l'air effrayante et s'élance d'un bond en hurlant sur le chaton surpris. Il s'échappe, terrorisé, à travers les rangs d'oignons.

Puis elle regroupe sa troupe sous ses ailes protectrices dans le champ d'asperges : « Vous devez toujours rester à proximité de votre mère et faire exactement ce que je vous dis, sinon je n'arriverai jamais à vous élever en sécurité. »

Les deux canetons ont vite repéré la bassine d'eau ; ils pataugent, plongent et nagent et refusent d'écouter leur mère qui a peur qu'ils ne se noient.

Toute la couvée prend des forces, de la vitalité, de l'assurance et de l'audace. Ils accourent quand on les appelle pour les nourrir à la main, ils s'attroupent en se bousculant, sans une once de peur.

La mère-poule leur apprend comment faire leur toilette. Alors, ils imitent toutes ses manières et apprennent à se tenir sur une patte pour se gratter derrière l'oreille, d'un air savant, tout fiers d'y arriver.

Les voilà maintenant partis pour de grandes explorations dans le jardin, à la poursuite des papillons, à faire des roulades à l'ombre des groseillers, à dénicher de bons vers bien gras et à découvrir des tas de nouvelles bestioles à manger.

Leurs petites queues commencent à sortir, de même que les plumes de leurs ailes et ils commencent à se sentir grands. Jusqu'au jour où la première pluie les arrose : ils se sentent alors redevenir tout petits et vraiment malheureux. Enfin pas les deux canetons qui se mettent à caqueter et à rire de bonheur en pataugeant dans les flaques.

Ils grossissent régulièrement et leur appétit en fait de même. Ils ont faim en permanence. Ils acclament bruyamment l'arrivée de leur repas bienvenu. Pareils à une troupe d'enfants indisciplinés, leur comportement n'est certes pas des plus exemplaires car chacun essaie de manger le maximum dans le minimum de temps.

La couvée grossit tellement vite qu'ils remplissent presque complètement leur case. La vieille poule se sent mal à l'aise et à l'étroit ; les canards en particulier sont presque aussi gros qu'elle. Elle ne peut plus fermer l'oeil de la nuit.

Finalement elle décide de retourner dans le poulailler. Les poussins abandonnés n'apprécient pas du tout son départ et gémissent bruyamment. Même les canards ont le cœur brisé ; malgré leur taille imposante, ils sont timides et ont peur de se retrouver tout seuls dans le noir.

En tremblant et en se hissant maladroitement, les poulets apprennent à grimper sur les perchoirs pour leur première nuit seuls. Mais les canards ont beau essayer de grimper, ils sont condamnés à rester dormir dans la paille, en bas.

Ils finissent par s'habituer à l'absence de leur mère. Ils mènent une vie de jeux, sans souci. Leur seule occupation consiste à grandir et grossir. Les canards sont devenus de superbes oiseaux, ils battent des ailes et appellent les autres en riant, en les éclaboussant et en faisant gicler de l'eau.

Avec l'arrivée de l'automne, poulets et canards se sentent de taille à affronter le monde et pensent qu'ils méritent une promotion. On les met bientôt dans la basse-cour des grands. Le coq leur souhaite la bienvenue. Il est heureux d'avoir une aussi grande famille.

Le jeune coquelet essaie de plaire aux poules et de se faire des amies, mais le vieux coq le trouve trop effronté et le rappelle à l'ordre en lui disant de ne pas faire tant de manières.

Et finalement, ils se disputent, se mettent en colère, s'insultent et même pire. Les canards, au tempérament si pacifique, sont prêts à se battre pour maintenir le calme et font leur possible pour les empêcher de se quereller.

Mais c'est en vain, le vieux et le jeune en viennent aux coups et se livrent une bataille terrible, les plumes volent dans tous les sens. Et naturellement tout le monde blame le jeune coquelet. Le voilà d'ailleurs obligé de s'échapper en courant.

Le coq vient parler aux jeunes poulettes et leur dit : « Maintenant, mes chéries, il est grand temps de vous mettre à pondre comme les autres poules ; vous êtes assez grandes pour ça. » Elles se sentent très fières et flattées du compliment.

Décembre, la neige d'hiver recouvre tout. C'est la ruée pour avoir une part du diner de Noël.

"Au poulailler" est la traduction de l'album de l'auteur américain Boyd Smith, "Chicken World", paru en 1910.

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